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Édition du: 10/03/2026

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 Additions spéciales

Géométrie tropicale – Mathématiques Tropicales

 – Algèbre exotique

 

En mathématiques, l’algèbre tropicale est l'étude des polynômes et de leurs propriétés géométriques lorsque :

*      l'addition est remplacée par la minimisation et

*      la multiplication par l'addition ordinaire.

Algèbre ou géométrie ?

*      l’algèbre tropicale définit les règles de calcul (min, max, +)

*      la géométrie tropicale étudie les objets géométriques obtenus avec ces règles.

 

 

Sommaire de cette page

>>> Calcul exotique

>>> Additions exotiques

>>> Fondements et intérêts

>>> Mathématique tropicale – Historique

Débutants

Nombres

 

Glossaire

Nombres

Anglais : tropical geometry

 

 

Calcul exotique

Quand additionner ne veut plus dire additionner

haut

 

Algèbre exotique

 

Quand on parle de calcul, on pense immédiatement aux opérations familières apprises à l’école : addition, soustraction, multiplication et division. Dans ce cadre classique, les règles semblent immuables. Par exemple, additionner deux nombres consiste toujours à les additionner de manière ordinaire : 2 + 3 = 5.

 

Pourtant, les mathématiciens ont découvert depuis longtemps qu’il est possible de modifier les règles du calcul tout en conservant une logique mathématique parfaitement cohérente. Ces systèmes alternatifs, parfois appelés algèbres exotiques, permettent de modéliser certains phénomènes du monde réel de manière bien plus efficace que l’arithmétique traditionnelle.

 

 

Min-Max

 

Parmi ces approches, l’une des plus étonnantes consiste à remplacer l’addition et la multiplication par d’autres opérations, comme le minimum ou le maximum.

 

Ce type de calcul apparaît notamment dans ce que l’on appelle l’algèbre min-plus ou max-plus.

 

 

 

Additions exotiques

haut

 

Quand l’addition devient un minimum

 

Imaginons un problème très simple. Une usine fabrique des sandwiches composés de trois ingrédients : du pain, du jambon et du fromage.

 

Supposons que l’on dispose de :

*      5 pains

*      3 tranches de jambon

*      4 tranches de fromage

Combien de sandwiches peut-on produire ?

 

La réponse n’est pas obtenue en additionnant ces quantités. En réalité, la production est limitée par l’ingrédient le plus rare : le jambon. On ne pourra donc fabriquer que 3 sandwiches.

 

Mathématiquement, cela revient à dire que le nombre de sandwiches est le minimum des quantités disponibles.

Dans ce contexte, les mathématiciens peuvent définir une nouvelle addition : au lieu d’additionner deux nombres, on prend leur minimum.

Autrement dit :

*      la nouvelle addition devient min(a, b)

*      la nouvelle multiplication devient souvent a + b

Cette structure mathématique est appelée algèbre min-plus.

 

 

Quand l’addition devient un maximum

 

Considérons un exemple simple :

Une machine ne peut fonctionner qu’après la réception de deux pièces. La première arrive après 5 minutes et la seconde après 8 minutes.

Le démarrage de la machine dépend du dernier composant arrivé.

 

On obtient donc : max(5,8)

 

La machine démarre au bout de 8 minutes.

Si l’étape suivante prend ensuite 4 minutes, le temps total devient : 8 + 4 = 12 minutes.

 

Dans l’algèbre max-plus, ce type de calcul s’exprime naturellement en combinant l’opération max et l’addition ordinaire

 

Quand le minimum devient l’opération clé

 

Dans l’algèbre min-plus, les règles du calcul changent complètement. Prenons deux nombres, 7 et 10.

 

Dans l’arithmétique classique : 7 + 10 = 17

Mais dans l’algèbre min-plus :

 

*      l’addition donne : min (7,10) = 7

*      la multiplication donne : 7 + 10 = 17

 

Cela peut sembler étrange au premier abord. Pourtant, ces règles forment un système parfaitement cohérent et extrêmement utile dans de nombreux domaines.

 

L’idée générale consiste à adapter le calcul aux situations où le facteur limitant est toujours la ressource la plus faible.

 

 

 

Quand le maximum devient l’opération clé

 

Il existe une variante très proche appelée algèbre max-plus.

Cette fois :

*      l’addition correspond au maximum

*      la multiplication reste une *addition classique

 

Pour bien différencier, on note

*      a ⊕ b = max(a, b)

*      a ⊗ b = a + b

 

Ce type de calcul apparaît naturellement dans les situations où l’on doit attendre que plusieurs événements soient terminés avant de commencer le suivant.

 

Imaginons par exemple une chaîne de production. Une étape ne peut commencer que lorsque toutes les pièces nécessaires sont arrivées. Le moment où l’on peut démarrer correspond alors au temps d’arrivée le plus tardif parmi les composants.

C’est donc le maximum*des temps.

 

 

 

Fondements et intérêts

haut

 

Des mathématiques pour les réseaux et les flux

 

Ces calculs ne sont pas seulement des curiosités mathématiques. Ils apparaissent dans de nombreux systèmes réels.

 

On les utilise notamment pour étudier :

 

*      les réseaux de transport,

*      les systèmes industriels,

*      les réseaux informatiques,

*      les processus de fabrication,

*      certains algorithmes d’optimisation.

 

Dans ces situations, plusieurs actions doivent souvent être synchronisées. Une tâche ne peut commencer que lorsque toutes les ressources nécessaires sont disponibles. Les opérations min-plus ou max-plus décrivent très bien ce type de logique.

 

Par exemple, dans un réseau ferroviaire, un train peut devoir attendre plusieurs correspondances. Le départ effectif dépend alors de la dernière arrivée.

 

 

Une algèbre aussi structurée que l’arithmétique classique

 

Malgré leur apparence étrange, ces systèmes possèdent une structure mathématique très solide.

Ils respectent par exemple plusieurs propriétés fondamentales :

 

*      l’associativité

*      la distributivité

*      l’existence d’un élément neutre

 

Dans l’algèbre max-plus, l’élément neutre de l’addition (le maximum) est −∞, car :
max(a, −∞) = a

 

De même, l’élément neutre de la multiplication (l’addition classique) est 0, puisque :
a + 0 = a.

 

Ces propriétés permettent de construire toute une théorie mathématique : matrices, équations, graphes, et même des versions alternatives de l’algèbre linéaire.

 

 

Des matrices exotiques

 

Les mathématiciens ont même développé des matrices max-plus. Dans ces matrices, la multiplication matricielle classique est modifiée : les additions deviennent des maximums et les multiplications deviennent des additions.

 

Ce type d’outil permet d’analyser des systèmes dynamiques complexes, par exemple :

 

*      le rythme d’une chaîne de production

*      la propagation d’informations dans un réseau

*      la planification d’activités industrielles.

 

Grâce à ces méthodes, on peut déterminer des propriétés importantes comme le temps de cycle d’un système.

 

 

Un changement de perspective sur les nombres

 

Ces algèbres montrent une idée profonde : les mathématiques ne sont pas limitées aux opérations habituelles. On peut inventer d’autres règles de calcul adaptées à des situations particulières.

 

Dans certains cas, l’arithmétique traditionnelle n’est simplement pas la plus naturelle pour décrire un problème.

 

En remplaçant l’addition par un minimum ou un maximum, on obtient un langage mathématique capable de décrire des phénomènes où interviennent :

*      des contraintes

*      des délais

*      des synchronisations.

 

 

Une famille d’algèbres « tropicales »

 

Les structures min-plus et max-plus appartiennent à un domaine plus large appelé algèbre tropicale. Ce nom amusant provient d’une plaisanterie mathématique liée à des chercheurs brésiliens qui ont contribué au développement de ces idées.

 

Aujourd’hui, l’algèbre tropicale apparaît dans des domaines variés :

 

*      la géométrie algébrique

*      l’optimisation

*      la théorie des graphes

*      l’informatique théorique.

 

Dans certains cas, elle permet même de simplifier des problèmes très complexes.

 

 

Quand changer les règles simplifie le monde

 

À première vue, remplacer l’addition par un minimum ou un maximum semble être un simple jeu mathématique. Pourtant, cette modification permet de représenter naturellement des situations où les contraintes et les délais jouent un rôle central.

 

Ces calculs exotiques rappellent une idée essentielle : les mathématiques ne sont pas figées. Les règles que nous apprenons à l’école ne sont qu’une possibilité parmi d’autres.

 

En changeant légèrement ces règles, on peut construire de nouveaux univers de calcul capables de décrire des phénomènes que l’arithmétique classique ne capture pas facilement.

 

Ainsi, derrière des opérations aussi simples que min ou max se cache une théorie mathématique riche, surprenante et profondément utile.

 

 

 

 

Mathématique tropicale – Historique

haut

 

Le calcul min-plus / max-plus est souvent considéré comme la base algébrique de la géométrie tropicale.

 

Autrement dit :

*       l’algèbre tropicale définit les règles de calcul (min, max, +)

*       la géométrie tropicale étudie les objets géométriques obtenus avec ces règles.

Les deux notions sont donc très liées. La géométrie tropicale est en quelque sorte la géométrie construite sur cette algèbre exotique.

 

 

La géométrie tropicale est aujourd’hui un domaine très actif des mathématiques, à la frontière de nombreuses disciplines : géométrie algébrique, combinatoire, optimisation ou encore informatique théorique.

Mais malgré son développement récent, ses racines remontent à plusieurs idées anciennes qui ont progressivement convergé vers cette nouvelle manière de calculer et de représenter les objets mathématiques.

 

Des origines dans l’algèbre et l’analyse

Les premières idées proviennent notamment de méthodes utilisées pour étudier les équations algébriques.

Dès le XIXᵉ siècle, certains mathématiciens utilisent des procédés qui consistent à remplacer des opérations compliquées par des approximations linéaires afin d’étudier le comportement des solutions d’équations.

L’une des techniques importantes repose sur les polygones de Newton, qui permettent d’analyser les racines d’un polynôme en examinant la structure de ses coefficients.

Ces idées conduisent progressivement à considérer des objets géométriques constitués de segments et de morceaux linéaires, plutôt que de courbes lisses. Cette transformation annonce déjà certaines constructions de la géométrie tropicale.

 

 

Les ensembles limites logarithmiques

Un jalon important est franchi au début des années 1970 avec les travaux du mathématicien américain George Bergman. Celui-ci introduit la notion d’ensembles limites logarithmiques, qui apparaissent lorsqu’on étudie le comportement asymptotique de certaines variétés algébriques.

L’idée consiste à appliquer une transformation logarithmique aux coordonnées d’un objet géométrique. Après cette transformation, des structures compliquées deviennent des objets linéaires par morceaux, beaucoup plus simples à analyser.

Ces ensembles constituent l’un des premiers exemples d’objets ressemblant fortement aux figures étudiées aujourd’hui en géométrie tropicale.

 

 

L’algèbre max-plus et les systèmes dynamiques

Pendant les années 1970 et 1980, un autre courant de recherche se développe indépendamment. Des chercheurs travaillant sur les systèmes dynamiques discrets, l’optimisation ou l’informatique théorique introduisent une nouvelle algèbre dans laquelle :

*       l’addition est remplacée par le maximum

*       la multiplication est remplacée par l’addition.

Cette structure est appelée algèbre max-plus.

Elle apparaît naturellement dans l’étude de nombreux systèmes où interviennent des phénomènes de synchronisation, par exemple :

*       les chaînes de production industrielles

*       les réseaux de transport

*       les automates et les systèmes informatiques.

Dans ces situations, le temps nécessaire à une opération dépend souvent du dernier événement terminé, ce qui fait apparaître l’opération « maximum » comme une forme d’addition.

Peu à peu, les mathématiciens réalisent que cette algèbre possède une structure très riche et qu’elle permet de construire une théorie analogue à l’algèbre linéaire classique.

 

 

L’apparition du terme « tropical »

Dans les années 1990, les chercheurs commencent à rapprocher ces différentes idées : l’algèbre max-plus, les ensembles limites logarithmiques et certaines constructions issues de la géométrie algébrique.

C’est à cette époque que le terme « tropical » apparaît. Il s’agit d’un hommage humoristique au mathématicien et informaticien brésilien Imre Simon, qui a joué un rôle important dans le développement de l’algèbre max-plus.

Selon une plaisanterie souvent citée par les mathématiciens, le mot « tropical » aurait été choisi simplement pour évoquer le Brésil. Il ne possède pas de signification mathématique particulière.

 

 

La naissance d’un nouveau domaine

Au début des années 2000, plusieurs mathématiciens jouent un rôle déterminant dans la structuration du domaine. Parmi eux figurent notamment :

*       Maxim Kontsevich

*       Grigory Mikhalkin

*       Oleg Viro

*       Bernd Sturmfels

Leurs travaux montrent que l’on peut traduire de nombreux problèmes de géométrie algébrique classique en problèmes combinatoires beaucoup plus simples.

Par exemple, une courbe algébrique compliquée peut correspondre, dans le monde tropical, à un graphe formé de segments reliés entre eux. Ces objets sont beaucoup plus faciles à manipuler et à analyser.

Cette correspondance permet parfois de résoudre des questions difficiles en géométrie algébrique grâce à des méthodes combinatoires.

 

 

Une géométrie faite de segments

Dans la géométrie classique, les courbes sont généralement lisses : cercles, paraboles, ellipses ou surfaces courbes.

En géométrie tropicale, la situation est très différente. Les courbes deviennent des réseaux de segments rectilignes dont les pentes sont rationnelles.

Ces figures ressemblent souvent à des graphes ou à des structures polygonales. Malgré leur apparence simple, elles contiennent une grande quantité d’informations sur les objets algébriques dont elles proviennent.

C’est cette transformation spectaculaire — remplacer des courbes compliquées par des structures linéaires par morceaux — qui fait toute la puissance de la géométrie tropicale.

 

 

Un domaine en pleine expansion

Depuis le début du XXIᵉ siècle, la géométrie tropicale s’est développée extrêmement rapidement. Elle intervient aujourd’hui dans de nombreux domaines :

*       géométrie algébrique

*       combinatoire

*       théorie des graphes

*       optimisation

*       biologie quantitative

*       cristallographie.

Elle offre également des outils nouveaux pour comprendre certaines structures mathématiques complexes en les traduisant dans un cadre plus discret.

 

 

Une nouvelle façon de penser les calculs

L’histoire de la géométrie tropicale illustre une idée profonde : il suffit parfois de modifier légèrement les règles du calcul pour faire apparaître de nouvelles structures mathématiques.

En remplaçant simplement l’addition par un maximum (ou un minimum), on obtient une nouvelle algèbre. Et sur cette algèbre peut se construire toute une géométrie.

Ainsi, derrière ce calcul apparemment étrange se cache un domaine moderne des mathématiques, qui continue aujourd’hui à produire de nombreux résultats et à créer des ponts entre des disciplines très différentes.

  

 

 

 

 

 

 

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Site

*       L’algèbre des sandwichs – Guy Cohen, Stéphane Gaubert, Jean-Pierre Quadrat

*      Mathématiques tropicales – Wikipédia

*      Introduction à la géométrie tropicale – Ilia Itenberg

*      Quand la géométrie devient tropicale – Antoine Chambert-Loir – Pour la Science – N°492 – septembre 2018 

*      Géométrie tropicale – Publmath – Accès à d’autres références

*      Tropical Geometry – Grigory Mikhalkin, Johannes Rau – 2018 – pdf 261 pages

Cette page

http://diconombre.fr/Calcul/Operatio/AddSpec.htm