NOMBRES – Curiosités, Théorie et Usages

 

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Arithmétique

 

 

INDEX

 

Théorie des nombres

 

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Nombres et couleurs

 Arithmétique de Peano

 

Sommaire de cette page

>>> Axiomatique de Peano

>>> Arithmétique de Peano

>>> Construction des nombres

 

>>> La quête de la définition logique du nombre entier

 

 

 

Axiomatique de Peano

Arithmétique de Peano

Construction des nombres entiers

 

Comment en 1889, Guiseppe Peano construit une arithmétique à partir de l'ensemble vide et la notion de successeur.

L'axiomatique de Peano définit les nombres entiers naturels sans dire comment construire leur ensemble. La notion de cardinal le permet >>>

Anglais: Peano's axioms / Peano Arithmetic

 

Giuseppe Peano (1858-1932)

Mathématicien et linguiste italien.

Pionnier de l'approche formaliste des mathématiques.

Travaux exécutés en parallèle de ceux de Richard Dedekind (1831-1916).

Voir Courbe de Peano

Voir Contemporains

 

 

Axiomatique de Peano

 

 

Définitions

 

Dans l'arithmétique de Peano, on utilise:

*    une constante: 0

*    une fonction unaire S qui désigne le successeur

*    les fonctions binaires + et x.

 

Les termes sont des éléments combinant symboles et fonctions, comme S(x) + S(y).

Un énoncé désigne une propriété qui prendra son sens en fonction de la valeur des variables qu'il contient: vraie ou fausse, démontrée ou réfutée. 

 

 

 

Les cinq axiomes

définissant l'ensemble des entiers naturels

 

1.    L'ensemble contient un élément particulier noté 0.
  
0 est donc un entier naturel.

2.    À chaque élément n de l'ensemble correspond un successeur .noté: S(n)
   
Tout entier naturel a possède un successeur.

3.    L'élément particulier noté 0 n'a pas de prédécesseur.
     Seul 0 n'est le successeur d'aucun élément.

4.   L'application  est injective.
      Des nombres entiers distincts ont des successeurs distincts.

5.    L'ensemble possède la propriété de récurrence.

Si une propriété est vérifiée pour 0 et si, pour tout entier naturel n qui la vérifie, S(n) la vérifie également, alors la propriété est vraie pour tous les entiers naturels.

 

 

Axiomes de Peano (narratif)

Il existe un ensemble N avec:
1) ses éléments sont appelés les entiers naturels;
2) un élément 0 qui appartient à N appelé zéro;  et
3) une application S de N dans N, dite application successeur, vérifiant les propriétés suivantes:

*      0 n'est le successeur d'aucun entier (l'application S ne produira jamais 0).

*      deux nombres entiers qui ont même successeur sont égaux; l'application est injective.

*      si une partie A de n contient 0 et elle est stable par S, alors A est égale à N. C'est l'axiome de récurrence. Stable veut dire que S(A) est inclus dans A.

 

Anglais

 

Écriture symbolique

 

 

 

Arithmétique de Peano

 

 

Axiomatisation de l'arithmétique

 

de notions basiques

aux concepts pointus

 

Objectif double:

*    comme pour la théorie des ensembles, créer les fondements de l'arithmétique en définissant un langage logique qui va permettre de définir toutes les notions de l'arithmétique en prenant comme base cinq axiomes qui définissent les nombres entiers naturels; et

*    disposant de ce cadre logique, permettre d'étudier les fonctions calculables, et, en conséquence, aller jusqu'à établir les théorèmes d’incomplétude de Gödel.

 

 

 

Construction de l'arithmétique

Les cinq axiomes permettent de définir l'addition et la multiplication, puis toutes les propriétés classiques de l'arithmétique usuelle: commutativité, associativité, distributivité, etc.

Numération

Le successeur de 0 est noté 1; celui de 1 est noté 2, etc.

 

Addition

Quelles que soient les valeurs de a et b, éléments de N:

a + 0  = a

a + S(b) = S(a + b)

 

Multiplication

Quelles soient les valeurs  de a et b, éléments de N:

a x 0  = 0

a x S(b) = a x b + a

 

 

 

Outils de la construction

Parmi les outils principaux, on trouve:

*    la relation R (a, b, c …) entre n termes;

*    les connecteurs logiques: conjonction, disjonction, implication, équivalence et négation;

*    les quantificateurs: pour tout x et il existe x.

*    le symbole d'égalité = (relation binaire)

 

Arithmétique élémentaire

 

Exemples de calcul

 

Rappels

a + 0 = a                     (1)

a + S(b) = S(a + b)     (2)

 

Exemples

a + 1 = a + S(0)   selon la définition du nombre 1.

         = S(a + 0)    selon (2).

         = S(a)           selon (1).

a + 2 = a + S(1)   selon la définition du nombre 2.

         = S(a + 1)    selon (2).

         = S(S(a))     selon le résultat précédent.

a + 3 = S(S(S(a)))  …    

 

Voir Opérations de l'arithmétique

Merci à Serge Paccalin 

 

 

Construction des nombres – Méthode des ensembles

dite de Von Neumann

 

Méthode

La construction est conduite à partir de l'ensemble vide et, elle  fait appel à la notion de cardinal (cad: de simple  comptage des éléments).

Ensemble vide.

Ensemble comprenant un unique élément, l'ensemble vide.

Ensemble comprenant l'ensemble vide et l'ensemble comportant un élément, soit deux ensembles.

Ensemble comprenant les ensembles 0, 1 et 2, soit trois ensembles.

 

 

Théorie

 

 

Point de départ: la théorie des ensembles et l'ensemble vide identifié à 0.

On construit les entiers naturels de la façon suivante:

·  L'ensemble vide  est un entier naturel noté 0;

·  Soit n un entier naturel, alors l'ensemble  est aussi un entier naturel, appelé successeur (immédiat) de n.

·    Tout entier naturel est construit à partir de ces deux règles.

Exemples

Successeur de 0:  

Successeur de 1:  

Successeur de 2:  

 

Pour assure l'existence d'un ensemble contenant tous les entiers naturels, il faut aussi introduire l'axiome de l'infini .

 

Zéro barré: unicode hexadécimal 00D8

Voir Système de numération unaire / Union (U) / John von Neumann

 

 

Merci à Philippe Caillaud pour ses remarques et corrections

 

 

 

Focus : La quête de la définition logique du nombre entier

Qu’est-ce qu’un entier naturel ? Notre intuition y voit l'outil fondamental pour compter les objets d'une collection finie. Mais d'un point de vue purement mathématique, comment définir ce qu'est un entier sans déjà présupposer la notion de nombre ?

L'histoire de cette définition est une aventure intellectuelle fascinante, à la frontière de la philosophie et de la logique mathématique.

1. L'approche philosophique : Le nombre comme « forme pure » (Husserl)

Le philosophe et mathématicien Edmund Husserl, ami de Georg Cantor (le père de la théorie des ensembles), cherchait à comprendre la nature du nombre par le prisme de l'abstraction.

Pour Husserl, le nombre d'éléments d'un ensemble fini s'obtient en faisant abstraction de la nature de ses éléments. Du point de vue de l'arithmétique, peu importe ce que l'on compte :

Un ensemble composé d'un crayon, d'une banane et d'une chaussure... a exactement la même « forme » qu'un ensemble composé d'une maison, d'une voiture et d'un arbre.

Cette « forme pure de la multiplicité », dépouillée du contenu concret des objets, est le nombre . Si cette vision est philosophiquement éclairante, elle reste une intuition et ne fournit pas une définition formelle exploitable pour bâtir les mathématiques.

2. Le projet logiciste de Gottlob Frege : Éviter le piège de la psychologie

Au même moment, Gottlob Frege poursuit un objectif monumental : fonder l'arithmétique sur la seule logique pure.

Frege rejetait catégoriquement le « psychologisme » — l'idée reçue selon laquelle les mathématiques dépendraient de nos perceptions ou de nos représentations mentales. Pour lui, la vérité mathématique est absolue : le nombre  existe indépendamment de l'esprit humain, tout comme la distance de la Terre à la Lune.

Pour définir le nombre sans recourir à la psychologie, Frege propose une idée révolutionnaire : un nombre est l'extension d'un concept (ce que nous appelons aujourd'hui l'ensemble des objets qui possèdent une même propriété).

3. La solution de l'équinuméricité : Compter sans savoir compter

Comment définir le fait que deux ensembles ont « le même nombre d'éléments » sans utiliser le mot « nombre » (ce qui serait un raisonnement circulaire) ?

C'est ici que réside le génie de Frege : il utilise la notion d'appariement un-à-un, formalisée en théorie des ensembles par la notion de bijection.

Vocabulaire : Bijection et Équipotence

·   Bijection : Une correspondance parfaite entre deux ensembles  et  où chaque élément de  est lié à un unique élément de , et inversement (un-à-un).

·   Équipotence : Deux ensembles  et  sont dits équipotents s'il existe une bijection entre eux. On dit aussi qu'ils ont la même cardinalité (même « quantité » d'éléments).

L'analogie de la table : Pour vérifier qu'il y a autant d'assiettes que de couteaux sur une table, vous n'avez pas besoin de compter les assiettes (1, 2, 3...), puis les couteaux (1, 2, 3...). Il vous suffit de poser un couteau à côté de chaque assiette. S'il ne reste aucun couteau ni aucune assiette isolée, les deux ensembles sont équipotents.

4. La définition de Frege-Russell dans le langage des ensembles

En traduisant la pensée de Frege dans le langage de la théorie des ensembles de Cantor et de la théorie des classes de Bertrand Russell, on obtient cette définition saisissant d'élégance :

"Le nombre d'un ensemble " A" est

la classe de tous les ensembles équipotents à " A.

Par exemple, le nombre  devient littéralement : la collection de tous les ensembles de l'univers qui peuvent être mis en bijection avec l'ensemble {crayon, banane, chaussure}.

Vocabulaire : Ensemble vs Classe propre

Pour éviter les paradoxes logiques (comme le fameux paradoxe de Russell qui montre qu'il ne peut exister d'« ensemble de tous les ensembles »), les logiciens distinguent :

·      Les Ensembles : Les collections d'objets standards manipulées en mathématiques.

·      Les Classes propres : Des collections « trop grosses » pour être contenues dans des ensembles.

La collection de tous les ensembles à 3 éléments est une classe propre.

5. Des « monstres » de Russell aux ordinaux de von Neumann

Bien que logiquement parfaite, la définition de Frege-Russell présentait un inconvénient pratique pour les mathématiciens : manipuler des classes propres (des objets infiniment gigantesques, « absolument infinis » au sens de Cantor) pour représenter de simples petits nombres entiers comme  relevait d'une forme de « monstruosité » formelle.

C'est John von Neumann qui va parachever cette construction en apportant une simplification magistrale.

En mathématiques, on distingue deux aspects du nombre :

·      Le Cardinal : La mesure d'une quantité (combien d'éléments ?).

·      L'Ordinal : La mesure d'un ordre ou d'une énumération (quel rang ?).

Pour les entiers naturels finis, ces deux aspects se confondent. Von Neumann a donc proposé de construire chaque entier naturel sous la forme d'un ensemble fini élégant et bien réel, construit uniquement à partir de l'ensemble vide () et de la relation d'emboîtement :

·     est défini comme l'ensemble vide :  (contient 0 élément)

·     est l'ensemble contenant  :  (contient 1 élément)

·     est l'ensemble contenant  et  :  (contient 2 éléments)

·     est l'ensemble contenant  et  :  (contient 3 éléments)

·    Et de manière générale, chaque entier  est l'ensemble de tous les entiers qui le précèdent : .

En résumé

Grâce aux ordinaux de von Neumann, chaque entier naturel devient un objet mathématique parfaitement défini, d'une sobriété exemplaire, et qui contient exactement le nombre d'éléments qu'il représente.

Le projet logiciste initié par Frege trouve ainsi son aboutissement : les entiers naturels ne sont ni des abstractions psychologiques, ni des notions primitives incertaines, mais de pur objets logiques construits au sein de la théorie des ensembles.

 

 

 

 

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Sites

·         Arithmétique de Peano – BibM@th.net

·         Axiomes de Peano – Wikipédia

·         Axiomes de Peano - Définition et Explications – Techno-Science

·         Axiomatique des nombres – Christine Laurent-Thiébaut – 2014 – pdf 61 pages

·         Axiomes et nombres – Gys M. Tuyman – pdf 300 pages

·         Construction des entiers naturels – Wikipédia

·         Entiers naturels et relatifs – Daniel Perrin

·         Logique et théorie du calcul – Arithmétique de Peano

·         Peano's Axioms – Wolfram MAthWorld

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